Nouveaux résultats rassurants

Communiqué de presse, 28/9/2015

Un diagnostic de cancer pendant la grossesse ne devrait pas entraîner le report du traitement, ni l'interruption de la grossesse. Les femmes enceintes chez qui on diagnostique un cancer peuvent immédiatement entamer un traitement contre leur maladie et ne doivent aucunement mettre un terme à leur grossesse par crainte des effets de la thérapie sur le développement de leur enfant.

Dans une session spéciale concernée au cancer pendant la grossesse, lors du Congrès européen sur le cancer de 2015 ce lundi, le Professeur Frédéric Amant a déclaré que de nouveaux résultats d'une étude réalisée sur 129 enfants, âgés entre 1 et 3 ans et nés après une exposition prénatale à un traitement contre le cancer, ont montré le développement normal de leurs processus mentaux et de leur fonction cardiaque comparé à un groupe de contrôles d'enfants issus de la population générale.

“Nos résultats démontrent que la crainte du traitement contre le cancer n'est pas une raison valable de mettre un terme à la grossesse, que le traitement maternel ne devrait pas être reporté et que la chimiothérapie peut être administrée. Cette étude montre également que les nouveau-nés souffrent plus de la prématurité que de la chimiothérapie. Le fait d'éviter la prématurité est donc plus important que d'éviter la chimiothérapie,” comme l'a déclaré le professeur Amant, gynécologue oncologue aux hôpitaux universitaires de Leuven (KU Leuven Belgium) et à Antoni van Leeuwenhoek (Amsterdam, Pays-Bas). L’étude en question a été publiée simultanément dans le New England Journal of Medicine.

Cette étude portait sur un total de 129 enfants issus de Belgique, des Pays-Bas, d'Italie et de la République tchèque qui ont été comparés à un nombre identique d'enfants du même âge gestationnel mais nés de mères non atteintes par le cancer. La santé générale des enfants ainsi que leur développement mental ont été étudiés à l'âge de 18 mois et de 3 ans. A l'âge de trois ans, 47 enfants ont également passé un contrôle cardiologique à l'aide d'électrocardiogrammes (ECG) ainsi qu'une échocardiographie.

Les cancers les plus fréquents parmi les mamans étaient le cancer du sein et des cancers hématologiques, comme la leucémie et des lymphomes. Quatre-vingt-neuf enfants (69%) ont été exposés à la chimiothérapie avant la naissance, quatre (3,1%) à la radiothérapie, sept (5,4%) à la chimio- et à la radiothérapie, un (0,7%) au Trastuzumab, un (0,7%) à l’Interferon β. Treize enfants (10,1%) ont uniquement été exposés à la chirurgie, tandis que 14 mères (10,9%) n'ont reçu aucun traitement pendant la grossesse.

“En comparaison avec le groupe d'enfants de contrôle, nous n'avons trouvé aucune différence significative en termes de développement mental parmi les enfants exposés à la chimiothérapie, à la radiothérapie, à la chirurgie uniquement ou à aucun traitement,” a déclaré le Prof. Amant. “Aucun lien n'a non plus été établi entre le nombre de cycles de chimiothérapie pendant la grossesse, allant de un à dix, et les résultats obtenus par les enfants.”

Sur une échelle de mesure du développement mental (Bayley Scales of Infant Development), les deux groupes d'enfants ont eu un score moyen de 100, allant de 56 à 145 pour les enfants exposés au traitement contre le cancer et de 50 à 145 pour les enfants non exposés (plus le score est élevé, meilleur est le résultat). Les enfants exposés à la chimiothérapie ont réalisé un score moyen de 100 contre 99,5 pour les enfants de contrôle ; ceux exposés à la radiothérapie ont eu un score moyen de 102 contre 105, à la chirurgie uniquement, 111 contre 102, et en l'absence de traitement, 105 contre 97,5.

Cependant, les chercheurs ont découvert que les scores tendaient à augmenter d'une moyenne de 2,2 points à chaque nouvelle semaine de l'âge gestationnel, après le contrôle de l'âge, du sexe, de la nationalité, de l'ethnie et du niveau d'éducation des parents. “Les retards de développement des processus mentaux semblent être liés aux naissances prématurées,” a-t-il déclaré.

Les naissances prématurées étaient plus fréquentes parmi les enfants nés de mères atteintes du cancer, qu'elles aient bénéficié d'un traitement prénatal ou non, que parmi la population générale dans les pays participant à l'étude. Ils ont atteint un âge gestationnel moyen de 36 semaines, allant de 27 à 41 semaines ; 79 enfants (61,2%) sont nés à moins de 37 semaines, comparé à 7 à 8% au sein de la population générale.

“Dans la plupart des cas, ils sont nés prématurément à la suite d'une décision médicale d'induire la naissance avant terme afin de poursuivre le traitement contre le cancer après l'accouchement,” a déclaré le Prof. Amant. “Dans certains cas, l'accouchement avant terme était spontané et il est possible que le traitement contre le cancer y ait joué un rôle. Nous ne savons cependant pas exactement ce qui provoque un accouchement prématuré. Il est possible que la chimiothérapie génère des contractions prématurées ou une inflammation vaginale entraînant une rupture prématurée des membranes.”

Sur les 47 enfants de trois ans qui ont subi un contrôle de leur fonction cardiaque, 29 ont été exposés à la chimiothérapie, mais en comparaison avec le groupe d'enfants de contrôle, il n'y a eu aucune différence ni aucune anomalie.

En 2011, le Prof. Amant a publié les résultats de 70 enfants nés après avoir été exposés à un traitement contre le cancer et ce nouveau rapport est la poursuite du travail entamé à l'époque.

Cependant, les chercheurs disposent à présent d’un groupe de contrôle par rapport auquel ils peuvent comparer le développement des enfants suivis par l'étude. “Auparavant, nous ne disposions pas de cette comparaison. De plus, nous avons inclus dans l'étude des enfants nés de mères ayant uniquement subi une chirurgie ou ayant reçu un diagnostic mais pas de traitement. Ces derniers résultats sont à nouveau réconfortants, mais étant donné que nous disposons désormais d'un plus grand panel d'enfants que nous pouvons comparer à un groupe de contrôle, les données actuelles sont bien plus solides,” a déclaré le Prof. Amant.

Par ailleurs, il a signalé que les résultats présentaient malgré tout quelques limites. “Nos données comprennent de nombreux types de chimiothérapies, mais nous ne pouvons pas garantir que tous les types de chimiothérapie sont inoffensifs. Il nous faudrait étudier un plus grand nombre d'enfants et de plus grands groupes exposés à chacun des produits afin d'être en mesure de documenter les effets potentiels de chaque produit individuel. De plus, nous ne pouvons pas extrapoler par rapport aux nouveaux produits, comprenant les composés ciblés. Il faudrait une période de suivi plus longue pour découvrir s'il existe un quelconque effet toxique à long terme dans le cas où de la Cisplatine a été administrée avant la naissance. C'est pour ces raisons que nous continuerons de suivre ces enfants jusqu'à l'âge de 18 ans et que nous allons élargir le groupe. Cela nous permettra de documenter les effets à long terme et de tirer des conclusions par rapport aux produits spécifiques. De plus, nous examinerons dans quelle mesure les produits contre le cancer sont diffusés dans le corps pendant la grossesse, ainsi que les besoins psycho-émotionnels des mères et de leurs partenaires.”

Les mamans atteintes du cancer ont été engagées dans cette étude sur la base du registre de l’International Network on Cancer, Infertility and Pregnancy ; Elles ont été enregistrées entre 2001 et 2014 au moment de leur diagnostic du cancer. Tous les enfants étudiés ont été examinés entre 2005 et 2015. Les enfants du groupe de contrôle, vu qu'ils devaient correspondre aux enfants étudiés, ont été recrutés et examinés entre 2012 et 2015.

Le Professeur Peter Naredi, Co-Président ECCO scientifique du Congrès, qui n'a pas participé à cette étude, a fait le commentaire suivant : “Ces derniers résultats doivent être rassurants pour les femmes enceintes chez qui on a diagnostiqué un cancer et qui se soucieront, bien naturellement, de trouver la meilleure solution d'action, non seulement pour elles-mêmes, mais aussi pour leurs enfants à naître. Bien que le suivi ultérieur de ces enfants soit indispensable, le message essentiel à ce stade semble être que les docteurs devraient non seulement entamer immédiatement les traitements contre le cancer, mais devraient également tenter de mener la grossesse le plus possible jusqu'à terme."

Pediatric outcome after maternal cancer diagnosed during pregnancy” by Frédéric Amant et al. New England Journal of Medicine, doi: 10.1056/NEJMoa1508913. Publié online.

Interview avec Frédéric Amant: "Radiothérapie et chimiothérapie peuvent être administrées pour traiter les femmes enceintes confrontées à un cancer durant leur grossesse, selon une étude menée sur 129 enfants."